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Un groupe d’étudiants en « Master Transport et Développement durable » a réalisé une petite étude (février 2016) pour un module de « Communication et management interpersonnels et interculturels ». Leurs questions portent sur la dimension culturelle du rapport que les gens ont aux règles auxquelles ils doivent obéir. L’accident d’Eckwersheim leur sert d’étude de cas. Ces étudiants cherchent à illustrer (plus que prouver) que les Français entretiendraient avec les règles à respecter un rapport qui dépend des circonstances, à géométrie variable (c’est-à-dire selon le contexte).

L’étude est téléchargeable à partir de la page de leur enseignant.

Nous retenons quelques points de leur travail :

  1. A propos de la présence à bord de membres des familles du personnel travaillant sur les essais, les auteurs de cette étude « constate[nt] que ce rapport étroit entre métier et passion fait qu’un bon nombre de conventions et de règles implicites existent, sans que celles-ci soient formalisées » (p. 16). En s’appuyant sur les déclarations d’une inspectrice du travail, ils font valoir que les métiers techniques du ferroviaire font souvent l’objet d’une transmission d’une génération à l’autre (alimentant l’esprit de famille). Selon Patrick Thiébart (avocat du travail), faire venir ses proches sur une rame d’essais renvoie à une « coutume courante mais pas explicitement écrite ».
  2. « L’erreur humaine a toujours été la manière la plus facile d’expliquer la cause d’un accident de transport lorsque les défaillances techniques ne sont pas imputables à l’accident. Cependant, Cécile Clamme [inspectrice du travail en Alsace] affirme que, ces dernières années, cette façon de traiter le problème n’est plus très bien vue. Elle nous explique qu’aujourd’hui, l’erreur humaine devrait toujours être prévue dans les activités. Il faut avoir un plan de contingence pour les cas où il y aurait une défaillance humaine. Il faut donc réfléchir à la manière de traiter le rapport contextuel aux règles dans la culture de sécurité liée au transport ferroviaire. » (p. 19)
  3. Face à la nécessité d’organiser le travail en fonction des risques liés à la sécurité, il y aurait à la SNCF des manquements dans la protection collective dans les situations de risques non suppressibles (entretien p. 24). Les auteurs de cette étude suggèrent aussi qu’il existerait une forme de fatalisme des cheminots face aux accidents corporels qu’ils accepteraient comme une sorte d’éventualité inhérente à leurs conditions de travail.
  4. Ce dossier met également en regard les accidents du travail avec le sentiment de culpabilité qu’éprouvent les salariés. « Lors d’un accident de travail, de nombreux salariés ont tendance à culpabiliser alors que ce sont souvent eux qui ont souffert du rapport à la règle laxiste de leurs patrons. Mme Clamme nous cite de nombreux exemples où des patrons ferment un œil sur la sécurité pour augmenter la productivité, avec pour conséquences des doigts amputés, des bras coupés et des accidents mortels. » (p. 24-25)
  5. L’étude aborde également la question de la déconnection des dirigeants de l’entreprise des réalités du terrain et du geste technique.

Il ne faut pas perdre de vue que ce travail d’étudiants se base essentiellement sur ce qu’ils ont pu lire sur internet à propos du déraillement d’Eckwersheim (presse et rapport d’enquête immédiate de la SNCF). L’intérêt de ce dossier est sans doute le témoignage qu’apportent les personnes qu’ils ont interrogées : une inspectrice du travail, un enseignant-chercheur en anthropologie (spécialisé sur les rapports entre bureaucratie et morale), etc.

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