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Quelques jours après l’accident du TGV d’essai, la SNCF publie un schéma des vitesses prévues à l’endroit de l’accident. Bien que ce schéma soit très simplifié (aucun axe des abscisses) il permet malgré tout d’estimer le degré de risque de l’essai du 14 novembre 2015.

accident-tgv-3-schemas

A l’examen des prévisions de la SNCF, on constate une courbe de décélération exprimée en pointillés bleus.  Cette décélération démarre au palier de vitesse 330 km/h, selon notre graphique n°1 (reprenant les données SNCF). A noter que la courbe en pointillés bleus, si elle était prolongée vers le haut du schéma, coïnciderait parfaitement avec le palier de vitesse 360 km/h, laissant supposer que la décélération a pu démarrer au PK 398,770.

accident-tgv-schema- previsions-SNCF

Pour plus de commodité, rajoutons quelques quadrillages sur la courbe, ainsi que le PK 400,700, point kilométrique de dernier freinage prévu. Ajoutons également que le PK 403,809 marque l’entrée dans la courbe qui précède le pont d’Eckwersheim, sur le canal de Marne au Rhin (graphe n°2). La zone est dangereuse. Selon le rapport d’enquête de la SNCF, un dévers théorique de 163 mm marque la différence de niveau nécessaire entre les deux rails, afin de compenser la force centrifuge dans le virage. Si la rame d’essai s’engage dans le virage à une vitesse supérieure ou égale à 235 km/h, selon le BEA, c’est le renversement assuré. Non pas le déraillement, mais la bascule latérale de la rame. (A noter : le BEA-TT, suite à un courrier que nous lui adressions a reconnu avoir surestimé ce chiffre de 235km/h en ne prenant pas en compte une série de données – correspondance personnelle du 8 mars 2016)

accident-TGV-schéma-2-SNCF

Rappel : nous sommes toujours dans l’analyse des prévisions de vitesse. Or que doit-il se passer juste avant la zone de danger ? On teste probablement les vibrations de la rame, lancée à vive allure. A quelle distance sommes-nous du dangereux PK 403,809 lorsque la décélération passe enfin en-dessous de la vitesse de 235 km/h ? Ci-dessous, graphique 3, en point d’interrogation, la distance in extremis, celle qui nous sépare de la zone danger. Combien de cantons ? Combien de mètres ?  Si on se fie aux proportions du schéma, cela correspond environ à … 500 mètres… ?

accident-tgv-schema-3

Hélas, nous le savons, la rame n’atteindra jamais cette vitesse inférieure à 235 km/h, qui lui aurait permis de ne pas se renverser. La courbe de décélération prévue présente une pente de courbe absolument identique à celle de la courbe enregistrée selon les données de la boîte ATESS, et selon les affirmations des responsables (dont Frédéric Delorme, directeur général sécurité), elle n’aurait pas été différente si le BPU, Bouton Poussoir de freinage d’urgence avait été actionné. Autant dire que la situation était donc probablement risquée, dans la réalité, mais aussi dans la théorie de la prévision. De surcroît, un test prévoyant une décélération dangereuse aurait-il pu provoquer une surchauffe des boites d’essieu ? sur cette autre question, la balle est dans le camp des experts.

(Remarque : puisque le BEA-TT reconnaît que la vitesse de bascule à 235km/h est surestimée et devrait être revue à la baisse, alors il faut en conclure que la marge de risque est également surestimée ; la ligne horizontale sur le graphe 3 doit être baissée et la marge de risque prévue est moindre)

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