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Est-ce la même chose de parler d’ « essais » ou d’ « expérimentation » ? D’un point de vue seulement rhétorique, ça n’est pas la même chose. Ca ne fait pas le même effet. Mais quelle est la différence exacte entre ces termes ? Pourquoi y avait-il un laboratoire ?

ESSAI

Selon le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), deux définitions. Un essai est :

  • [L’objet de l’essai est un contrôle avant emploi] Première(s) épreuve(s) en vue de contrôler les qualités ou les défauts d’une chose avant son utilisation permanente.
  • [L’objet de l’essai est une (première) réalisation] 1. Fait de s’engager dans une action sans être absolument sûr de l’appropriation du moyen utilisé, ou du succès d’une technique estimée plus ou moins aléatoire2. Fait de s’engager dans une action en utilisant une technique éprouvée, dont le succès peut être compromis par des défaillances momentanées.

EXPERIMENTATION

Un dispositif expérimental consiste à contrôler certaines variables d’une situation (appelées variables indépendantes VI, ou variables contrôlées) pour mesurer d’autres variables dépendants des premières (VD).

Les termes variable dépendante et variable indépendante s’appliquent surtout en recherche expérimentale où l’on manipule des variables, qui en ce sens sont « indépendantes » de la réaction initiale, des caractéristiques, des intentions, etc… de la part des individus. On s’attend à ce que d’autres variables soient « dépendantes » de la manipulation ou des conditions expérimentales, c’est-à-dire qu’elles dépendent de « ce que l’individu fera en réponse ». Les variables indépendantes sont celles qui sont manipulées, tandis que les variables dépendantes sont seulement mesurées ou enregistrées. (source : http://www.statsoft.fr/concepts-statistiques/glossaire/v/variables-independantes-dependantes.html )

tgv-expérimentalDans le cas de l’homologation de la LGV-Est, les variables indépendantes maîtrisées sont les infrastructures au sol, la rame, et surtout la vitesse que l’on maîtrise et fait varier pour les besoins de l’expérience. Les variables dépendantes sont les oscillations et vibrations de la rame (dépendant de la vitesse, des infrastructures au sol, etc.), le comportement des boites d’essieu, l’effet d’oscillation de galop des bogies (hunting oscillation) etc. Les variables dépendantes sont en fait toutes les variables enregistrées par les instruments de mesure du laboratoire embarqué à bord (remorque 1). [on pourra se faire une idée de ce qu’observaient les instruments de mesure du laboratoire en consultant cette page par exemple]

On parle également de variables parasites. Il s’agit des facteurs qui vont avoir une influence sur les variables dépendantes en plus des variables que l’on contrôle.

Il y a cependant un problème parmi les variables indépendantes car en réalité on ne sait pas vraiment comment réagira la rame à plus de 350km/h. En effet, la rame n’a pas été testée par Alstom à des vitesses supérieures à 350km/h. Or, deux minutes avant le déraillement, la rame file à 360km/h. Alors, il faut en conclure que la capacité de la rame à supporter ces vitesses élevées fait aussi parti des variables dépendantes.

Questions : les appareils de mesure des oscillations sont-ils suffisamment sensibles pour enregistrer les déplacements des passagers (nombreux, le 14 novembre) ? (Il nous a été dit à Strasbourg qu’à bord de cette rame d’essais, la sensibilité des appareils de mesure était telle que l’on savait précisément l’effet d’une pièce de monnaie posée sur un rail.) Auquel cas, la présence des passagers et leurs comportements, par les vibrations produites par leur mobilité à bord de la rame, sont-ils à ranger au nombre des variables indépendantes – variables parasites connues -, c’est-à-dire des variables contrôlées ? Si c’est le cas, alors on voit apparaître que la présence d’une cinquantaine de personnes à bord (plutôt que le strict nécessaire) a pu présenter une utilité de surcroît (en plus d’être un moment agréable en familles et entre amis). Si nous comptons 85kg par passagers (c’est le chiffre qu’on utilise à la SNCF), alors environ 40 passagers surnuméraires représentent une masse supplémentaire de 3,4 tonnes réparties majoritairement sur deux remorques. Cette variable parasite avait-elle une influence résiduelle négligeable sur les variables que l’on mesurait au laboratoire ?

accident-TGV-essais-danger

Si le train ne s’était pas renversé à l’entrée de la courbe, si tout s’était finalement bien passé, ces marches du 14 novembre 2015 auraient-elles été mises en avant ainsi : « voyez, nous répondons aux critères requis pour une homologation, la LGV et le TGV sont sûrs, nous les avons d’ailleurs essayés en conditions pseudo-commerciales avec une cinquantaine de passagers satisfaits à son bord » ?


On peut encore envisager une autre utilité (économique celle-là, non scientifique) à la pratique d’inviter des personnes à bord (présentes seulement pour le plaisir et ne travaillant pas) : en offrant la possibilité aux techniciens d’inviter leurs proches, leurs amis, leurs familles au cours d’un essai (sans dispositif de freinage automatique de sécurité), on pouvait faire l’économie d’un voyage d’inauguration réservé à ces mêmes personnes puisque l’ambiance était déjà à l’inauguration.

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