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André-Claude Lacoste (spécialiste de la sûreté nucléaire en France) et Jean-Luc Wybo (enseignant-chercheur en gestion des risques) ont remis à la SNCF un rapport intitulé : « réflexions sur la sécurité de l’organisation d’essais ferroviaires à grande vitesse« . Nous le rendons accessible ici. Ce rapport est une commande de la SNCF.

On y relève plusieurs préconisations évidentes : mettre en place un système de limitation automatique de la vitesse, limiter les essais à risque par des simulations, former des pilotes d’essais, débriefer après chaque marche, etc.

ane-sécurité-eckwersheimOn peut s’étonner cependant que ce rapport suggère (p. 25) qu’une voiture soit réservée aux personnes extérieures aux essais (ce qui semble témoigner d’un incompréhensible souhait de pérenniser la pratique des invitations de personnes extérieures pendant des phases d’essais…) : « Si des personnes extérieures aux équipes d’essais sont invitées à monter à bord du train d’essais, elles doivent être installées dans une voiture réservée à cet effet avec un ou des accompagnants » écrivent-ils. Pourquoi ne pas simplement interdire définitivement la pratique de l’invitation à des marches d’essais !? Pourquoi les deux experts ne la condamnent-ils pas vivement en vue de réduire au minimum les prises de risque ?


singe2-sécurité-eckwersheimCe que les deux experts ont l’air d’oublier, c’est que la présence des invités était déjà largement pensée en termes de sécurité : le 14 novembre et les jours précédents, il y avait déjà une voiture réservée aux invités, il y avait déjà un écran dans cette voiture pour qu’ils puissent voir aussi les indications de vitesse, il y avait déjà des règles strictes qui devaient limiter leurs déplacements.

Par exemple, on pouvait lire dans les consignes de bord pour les visiteurs (document SYSTRA trouvé en nombreuses copies volant au vent sur le lieu de l’accident plusieurs jours après):sécurité à bord

Qu’est-ce qui explique alors que les deux auteurs de ces réflexions sur la sécurité ne tirent pas la leçon de la tragédie du 14 novembre 2015 ? Pourquoi continuer à inviter des personnes extérieures alors que deux invitées ont déjà trouvé la mort, alors que de nombreux invités dont des enfants ont risqué leur vie ce jour-là, et peut-être aux essais précédents ? Les deux auteurs ont simplement la prudence de préconiser que les invitations soient interdites pendant les essais en survitesse sans exclure la présence de visiteurs par ailleurs.
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Jean-Luc Wybo est notamment l’auteur de nombreux travaux de recherche sur le risque et la sécurité. Dans un article scientifique qu’il co-signe, « The case for reasearch into the zero accident vision » (2013, consulté le 31 juillet 2016), il écrivait : « le Modèle Zéro Accident repose sur la croyance que tous les accidents sont évitables. Si des accidents ne peuvent pas être évités tout de suite, alors ils devraient pouvoir être évités plus tard. Le but du MZA est d’encourager les gens à penser et à agir en donnant consistance à cette conception que tous les accidents sont évitables. Souvent les gens acceptent les accidents parce qu’ils croient qu’ils ne pouvaient simplement pas être évités, ou qu’un certain nombre est inévitable. On affirme que promouvoir le Modèle Zéro Accident est une arme importante dans la bataille contre le fatalisme. Des objectifs de sécurité plus élevés dans les organisations sont ainsi une étape vers une meilleur adoption du MZA (Saari, 2001). Le Modèle Zéro Accident assure une base éthiquement viable pour la prévention des accidents (Aaltonen, 2007). On estime que si tous les Etats membres de l’Organisation Internationale du Travail utilisaient les meilleurs stratégies et pratiques de prévention des accidents déjà facilement disponibles à travers le monde, quelques 300.000 morts et 200 millions d’accidents pourraient être évités chaque année (Takala, 2002). » (p. 44-45, notre traduction)

Ne pouvons-nous pas dire que le meilleur moyen d’éviter la mort ou la mise en danger des invités extérieurs aux essais, c’est simplement d’interdire le principe de l’invitation et de la visite ? Cela n’aurait sans doute pas évité l’accident, mais ça aurait du moins épargner des personnes extérieures aux essais…

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