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accident-tgv-inauguration-goodies-SNCF.jpgNous étions à Strasbourg le 3 juillet 2016…

Le 5 mars, à diverses reprises, Guillaume Pépy avait assuré aux familles des victimes et aux rescapés de l’accident que la mise en service de la ligne ne se ferait pas en grandes pompes. Probablement, cet élan spontané trouvait son origine dans un sentiment d’indécence. Sans doute, indécence de faire la fête sur onze cercueils, ou de se réjouir d’un projet si coûteux en vies humaines. Et effectivement, nous trouvions raisonnable de s’abstenir de fêter l’ouverture de la LGV.

« La mise en service de la ligne aura lieu sans inauguration » (Guillaume Pépy, 5 mars 2015 – retranscription Sncf)

Pourtant quatre mois plus tard, ces mêmes familles étaient invitées à se rendre, si elles le désiraient, à bord du premier TGV circulant sur la LGV-Est et pouvaient découvrir le « village européen » installé à Strasbourg pour fêter cette ouverture. Des « goodies » I love TGV leur étaient remis ainsi qu’une « boule anti-stress » en forme de coeur.

Dans une voiture réservée aux proches des victimes, le voyage se déroule convenablement. A la demande des familles, la SNCF a mis dans cette voiture un bouquet de onze roses blanches et, au niveau d’Eckwersheim, la voix du chef de bord dans les haut-parleurs invite les passagers à faire une minute de silence en mémoire des onze victimes du 14 novembre.

Le communiqué de presse de la SNCF invitait les journalistes à participer à une aventure enthousiasmante au coeur du « village européen » à Strasbourg : « […] Sur cette place de village, le public pourra découvrir des talents régionaux sur une scène ouverte, participer à des ateliers culinaires en lien avec  les différentes destinations, jouer à des quizz régionaux, relever des défis, se faire tirer le portrait par un caricaturiste, se restaurer grâce à des food trucks venus de tous horizons, s’initier à la pétanque ou encore laisser une trace de son passage sur une grande fresque à colorier. » (p. 3)

Selon que les invités portaient ou non un petit pin’s violet qui leur était remis, ils étaient dirigés vers l’une ou l’autre salle de réunion : d’un côté, la salle des familles en deuil, de l’autre côté, la salle des financeurs, des élus, des représentants de l’entreprise et du projet. En un sens, la SNCF a pu réunir sur un même lieu, dans deux salles séparées par quelques pas, les réjouis et les meurtris.

Quelques familles ainsi réunies discutent de la journée de commémoration du 14 novembre. La réunion est organisée par la SNCF et animée par le coordonateur SNCF d’Eckwersheim en présence de l’INAVEM. Un projet de jardin commémoratif sur les lieux de l’accident est présenté aux familles et semble emporter l’adhésion générale, en attendant l’avis des familles absentes.

accident-TGV-projet-paysagiste-Eckwersheim

Puis cette question amère s’impose à moi : cela n’étonnera personne si la journée de commémoration du 14 novembre 2016 est organisée par l’entreprise qui sera mise en examen pour onze homicides ?, par l’entreprise qui reconnaît et dit assumer sa responsabilité ? Confiera-t-on à Salah Abdeslam l’organisation de la journée de commémoration du 13 novembre 2016 à Paris ? On trouvera sûrement la comparaison violente. Bien sûr, il n’y avait pas d’intention meurtrière à la SNCF. L’organisation responsable des 11 morts en Alsace a pourtant ceci de commun avec le tueur fou, qu’elle est responsable d’une tragédie collective et que de ce fait elle n’a pas la légitimité d’orchestrer cette journée (même si les intentions sont louables et les aides logistiques les bienvenues.)

La ligne LGV-Est est désormais ouverte aux passagers bien que les causes de l’accident n’aient pas encore été établies.

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A quelques kilomètres de là, loin des regards et des festivités, dans le quartier de Cronenbourg, la rame Dasye 744 est sous la surveillance des autorités.

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