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Etrange discours que celui de Juliette MEADEL, secrétaire d’Etat auprès du premier ministre, chargée de l’aide aux victimes. Lundi 14 novembre 2016, un an jour pour jour après l’accident terrible du train d’essai, qui a fait onze morts, la foule écoute, trop écrasée de chagrin, sans réagir, les propos insolites :

Mentionnant un auteur et dessinateur alsacien, Tomi Ungerer (puisque nous sommes en Alsace…), la secrétaire d’Etat cite le prologue d’un petit livre de dessins et de souvenirs d’enfance A la guerre comme à la guerre « J’ai au moins appris la relativité de la condition humaine, et je suis devenu un pacifiste à ma façon. » On peut lire ce petit livre de 20 pages sur ce site.

Les illustrations qui suivent sont de Tomi Ungerer.

eb982378d597e8c178461c8a74030f1fPourquoi Juliette Méadel, au moment de rédiger son discours, a-t-elle choisi de parler de guerre et de pacifisme aux survivants d’un déraillement et aux familles des disparus ? Qu’est-ce qui, dans ce livre sur la seconde guerre mondiale lui a fait penser que c’était la chose à nous dire ? Doit-on comprendre qu’elle recommande de faire la paix ? Faut-il comprendre qu’elle nous invite à relativiser, à relativiser notre douleur à l’instar d’Ungerer qui relativisait sa propre histoire par rapport à celle de son ami juif orphelin né à Auschwitz ?

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Sagement attentive, la foule s’interroge en silence et attend la fin du discours, supportant au passage les erreurs de date. Non, l’accident n’a pas eu lieu en octobre mais en novembre. Avez-vous bien entendu, remarquent les uns, après le discours, elle a bien dit « à la guerre comme à la guerre » ? Oui, oui, nous l’avons bien capté aussi, à la guerre comme à la guerre, c’est une expression, du genre « on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs », ou bien encore « la fin justifie les moyens ».

Si Juliette Méadel avait poursuivit la citation d’Ungerer, la phrase suivante aurait dit : « Il n’y a pas d’antidote au préjugé, à la haine, à l’injustice, sinon la prise de conscience personnelle qui nous dicte nos devoirs. » Il faut croire qu’en lisant cette page, le thème de la guerre en Alsace, de la haine et de l’injustice lui ont fait penser au déraillement d’Eckwersheim au point de citer Ungerer dans son discours. A prendre cette phrase au pied de la lettre, nous aurions compris qu’il faut prendre chacun individuellement ses responsabilités, et que l’injustice est sans autre remède.

Serait-ce une allusion voulue par l’Etat, au sujet de l’ouverture prochaine du marché ferroviaire, ce qui ressemblerait à une guerre ? une guerre commerciale ? Ainsi, les victimes du train d’essai seraient morts pour une noble cause ? Chassant de leurs pensées ces troublantes interrogations, les familles endeuillées cheminent par petits groupes…qu’a donc voulu dire l’Etat en la personne de Juliette MEADEL ? Pourquoi insiste-t-elle tant sur la date « du lendemain du Bataclan », date où est prise la décision de créer son action pour l’aide aux victimes ? Se rend-elle compte que la date qu’elle désigne comme « le-lendemain-du-Bataclan » , c’est pour son auditoire à Eckwersheim, non pas un lendemain, mais une date à part entière, la date où tout bascule, notamment le train d’essai, Bataclan ou pas, c’est le 14 novembre 2015, (pas octobre), que le train a déraillé, tuant 11 personnes, en blessant d’autres. Du côté de l’Etat, donc, bien des approximations et maladresses. Du côté des victimes de l’accident ferroviaire d’Eckwersheim, bien des réserves, et beaucoup de dignité silencieuse, pourtant le souci de vérité et de rigueur est immense, il grandit au fur et à mesure, suivant la progression de l’enquête avec attention.

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Juliette Méadel défend la reconnaissance du préjudice d’angoisse et du préjudice d’attente pour les victimes d’attentats et de catastrophes collectives.

Le préjudice d’angoisse de mort imminente concerne les victimes directes qui ne seraient pas mortes sur le coup et auraient conscience de l’imminence de leur propre fin : « c’est l’angoisse face à l’imminence de la mort. C’est le fait de côtoyer soi-même des gens morts et de ne pas savoir quelle sera l’issue de la catastrophe pour soi pendant des minutes interminables » explique Me Philippe Assor (en parlant des victimes de la catastrophe de Puisseguin en 2015).

Le préjudice d’attente concerne d’une part les victimes directes ayant dû attendre longtemps l’arrivée de secours, et d’autre part les personnes pour qui l’identification du corps de leur proche a pris beaucoup de temps ou pour qui la confirmation de la mort de leur proche a été particulièrement longue.

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